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ENERFIP - lundi 26 mars 2018

Lancée en 2015, Enerfip est la première interface dédiée entièrement aux énergies renouvelables (EnR). Son directeur général et cofondateur, Julien Hostache, présente le site et les enjeux du secteur. Enerfip compte 6 300 inscrits environ, dont la moitié est active. Depuis les débuts du site, 35 projets ont été accompagnés pour un total de 8,3 millions d'euros collectés. L'investissement moyen, lui, atteint 1 600 euros.


La Tribune de l'énergie : Pourquoi avoir créé Enerfip ?
Julien Hostache : À l'origine, nous sommes quatre cofondateurs, tous issus du milieu des énergies renouvelables. C'est un domaine que nous souhaitons promouvoir, par passion autant que par conviction. En 2014, nous avons commencé à réfléchir à une façon d'en démocratiser l'accès. L'enjeu est double : partager ces projets avec le plus grand nombre de citoyens et faire affluer les fonds vers les énergies renouvelables.


LTDE : Comment ça marche ?
J.H. : Le site fonctionne comme un livret avec un compte bancaire associé. Pour le créer, il suffit de s'inscrire gratuitement sur la plateforme, de fournir une pièce d'identité et un justificatif de domicile, puis de répondre à un questionnaire réglementaire, prévu dans les dispositions légales auxquelles le secteur est soumis. Une fois que le compte est validé, vous pouvez investir dans l'un des projets sélectionnés, l'épargne étant bloquée de un à cinq ans, le temps de sa réalisation. Notre expérience du secteur nous permet d'analyser avec précision les paramètres financiers, techniques et administratifs de chaque dossier avec un principe directeur : le bénéfice en termes de développement durable.


LTDE : À qui s'adresse cette plateforme et quelles sont les motivations de ses membres ?
J.H. : Avec un ticket d'entrée à dix euros, Enerfip s'adresse à tout le monde. Et, si on fait une rapide étude sociologique de nos membres actifs, on se rend compte que toutes les catégories socioprofessionnelles ainsi que tous les âges sont représentés. Cette plateforme répond à une question simple : une fois placé, où va notre argent ? Aujourd'hui, beaucoup de Français ont envie de donner un sens à leur épargne, or investir dans les énergies renouvelables permet cela. Par ailleurs, ce placement demeure très avantageux, avec des taux qui vont de 5 à 7%, bien au-dessus des solutions d'épargne « conventionnelles ».


LTDE : Quels sont les enjeux propres au secteur des énergies renouvelables ?
J.H. : J'en distingue deux, liés à la proximité. Il y a, dans les projets EnR, une dimension universelle, car le vent, le soleil, l'eau sont des biens communs. Financer une installation revient donc à se rapproprier un peu de ces ressources, surtout lorsque le projet se situe à proximité de son lieu de vie. On remarque d'ailleurs que les riverains des projets que nous présentons investissent, en moyenne, 3 000 euros, soit le double du ticket moyen de la plateforme. L'autre enjeu est lié à la fracture numérique. Selon les derniers chiffres, 7,5 millions de Français ne disposent pas d'une connexion Internet de qualité. Or, ces personnes vivent souvent près des sites où sont installés les parcs éoliens ou photovoltaïques. Il faut donc garder une possibilité d'investissement physique. C'est pour cela que nous allons régulièrement dans les territoires pour présenter Enerfip et nos projets aux habitants, afin qu'ils puissent placer leur argent en direct.


LTDE : Un site comme Enerfip constitue-t-il aussi un aiguillon des tendances ?
J.H. : Ce rôle de curseur fait effectivement partie de nos ambitions. Au lancement de la plateforme, nous proposions beaucoup de projets dans le photovoltaïque, une énergie plus évidente et connue. Depuis quelques années, on assiste à un retour de l'éolien et des initiatives comme Enerfip contribuent sans doute à cette renaissance. Il y a eu beaucoup de polémiques autour de cette énergie. Dans ce cas, on entend surtout les « contre », mais une plateforme de financement participatif offre une caisse de résonnance alternative à ceux qui sont « pour ». En investissant, les habitants disent « oui » et montrent qu'ils se mobilisent pour l'avenir de leur territoire.

Source : latribune.fr

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