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Enerfip - mardi 21 novembre 2017

Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a annoncé le 8 novembre dernier un report à 2030, voire 2035, de l’objectif de réduction à 50 % du nucléaire dans la production d’électricité.

Compte tenu de la baisse continue et spectaculaire des prix des énergies renouvelables ainsi que de l'implication croissante des citoyens sur les sujets de la transition énergétique et du changement climatique, il est probable que ce soit au réseau de s'adapter à la nouvelle donne énergétique. La planification étatique venue d'en haut s'en verra inévitablement bousculée !

Un élan citoyen pour la transition énergétique
Avec cette décision de remise d'échéance, le gouvernement évite la controverse relative aux conséquences inéluctables du reclassement des centrales.
C'est un fait : la réduction de la part du nucléaire s'accompagnera d'une inévitable destruction d'emplois dans cette filière, pour en créer dans d'autres. Et même si le gouvernement semble peu enclin à se lancer dans un nouveau bras de fer social sensible, l'État sera quoi qu'il en soit contraint de s'adapter à la nouvelle donne. Le secteur des EnR est en plein bouleversement.

Que Direct Energie, un distributeur d'électricité, rachète le plus important producteur indépendant d'EnR français pour des centaines de millions d'euros, devrait interroger. Que Total investisse des milliards d'euros dans le secteur en France et envisage de contrôler d'ici 5 ans 5 GW d'actifs EnR (soit la puissance d'une demi-douzaine de réacteurs nucléaires), devrait interroger. Que le numéro un mondial des centrales nucléaires, l'américain Westinghouse qui a développé la technologie dont sont équipés 93 % de nos réacteurs, ait été mis en faillite en 2017 et cesse son activité de fabricant de centrales nucléaires, devrait interroger. Qu'en 2016, E.ON, acteur majeur allemand de l'électricité, passe en pertes et profits ses actifs de productions d'électricité fossile, devrait interroger. Que Volvo renonce à produire des moteurs 100 % thermiques au-delà de 2019, devrait interroger.

On le voit, une lame de fond durable, dans tous les sens du terme, vient des entreprises. Elles ont compris où se situait l'avenir et quel était le virage à prendre, et ce, même si leurs raisons sont avant tout financières. Les citoyens ne sont pas en reste et leurs motivations sont tout autres. Comme l'avait déjà montré la COP 21, les initiatives venant de la société civile seront celles qui donneront le plus de résultats et le plus vite. La COP 23 l'a malheureusement confirmé : on ne peut plus se permettre de se reposer sur des décisions politiques venues d'en haut.

Les citoyens n'ont d'ailleurs pas attendu la COP 21 ou la COP 23 pour s'engager. En témoigne l'essor spectaculaire du financement participatif des énergies renouvelables. Pourtant, ce n'est rien comparé à ce qui se prépare : 71 % des Français souhaitent en effet accélérer le développement des énergies renouvelables (Sondage OpinionWay). La baisse continue des prix de l'électricité solaire (environ 10 % encore en 2017 et 15 % par an en moyenne ces 8 dernières années) rend celle-ci de plus en plus abordable. Dans certaines régions de France, son prix est identique à celui du réseau, pourtant maintenu par l'État à un niveau artificiellement bas selon la Cour des comptes.

Oui, mettre des panneaux solaires sur le toit de sa maison fournit une électricité à un prix équivalent à celui des centrales nucléaires. Le coût d'installation de panneaux solaires chez les particuliers continue de baisser tous les ans de plusieurs pourcents. A contrario, la nécessaire rénovation des centrales nucléaires vieillissantes coûtera une fortune (au minimum 100 milliards selon la Cour des comptes) dans les années 2020. Sans compter l'investissement considérable pour stocker sur le long terme les déchets nucléaires à Bures, le gouffre financier de l'EPR de Flamanville, le désastre de celui d'Olkiluoto ou encore l'ardoise abyssale d'Areva qu'il va bien falloir éponger.

Une augmentation très significative du prix de l'électricité du réseau est inévitable dans les 5 prochaines années. Entre 2005 et 2015 en France, le prix de l'électricité a déjà bondi de 35 %, et EDF réclamait il y a peu une nouvelle augmentation de plus de 30 % d'ici 2021 !

Nul besoin d'être Elon Musk pour voir qu'une véritable révolution va s'opérer naturellement et que le réseau ne saura plus à qui vendre son électricité nucléaire prohibitive. Alors, peut-être, accélèrera-t-on enfin le processus de fermeture des centrales nucléaires et renoncera-t-on à rénover des centrales en fin de vie. Par contrainte économique.

Source : Les Echos

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